Résumé
1er Septembre 2025
Dans une Angleterre de 1828, Robin Swift, un orphelin chinois, est recueilli par un professeur anglais dans l’optique d’en faire un linguiste au service de l’empire britannique. Dans un univers où les linguistes détiennent les clés de tous les progrès technologiques grâce à l’argentogravure, des assemblages de mots sur des plaques d’argent, l’origine chinoise de Robin est un atout. Il sera amené à développer ses compétences dans la fameuse université d’Oxford, Babel. En grandissant et en s’interrogeant sur le monde qui l’entourre avec ses camarades, il se confrontera à la réalité de la société construite sur Babel et à la moralité de sa participation.
L’étymologie au coeur d’un pouvoir fantastique. Tolkien, réveille toi !
C’est marrant comme l’étymologie m’est toujours apparue comme une matière rébarbative. Les quelques cours de latin pour « mieux comprendre le français » ont toujours été insipides : tu vois le mot truc, il vient de machin qui veut dire truc en français….sans intérêt. Par contre, à partir du moment ou truc et machin deviennent des formules magiques aux pouvoirs infinis, là je comprend, là je m’intéresse, là je suis prête à rouvrir mon dictionnaire. Comme quoi, il faut pas grand-chose pour susciter l’intérêt pour l’éducation !
Babel nous amène à la rencontre de personnages à la complexité toute humaine. J’aime particulièrement la manière dont elle traite les contradictions et dilemmes moraux chez les personnages parce qu’elle n’oublie pas le rôle de l’éloignement, l’oblitération ou la minimisation des faits, du détournement d’attention, du déchirement d’être à moitié concerné, de la balance entre les valeurs morales et le confort matériel. Chaque élément étant mis à sa vrai place et chaque personnage évoluant au travers de son prisme si naturellement que les dénouements apparaissent inévitables et logiques. C’est une grande fresque sur l’évolution des convictions. Pour chaque personnage, il se trouve un moment ou on semble comprendre sa position et un moment ou on se dit là il va trop loin ou vice-versa. Les nuances du départ font l’intransigeance de la fin.
Enfin, Babel est anglais. Elle critique l’histoire anglaise, les personnages anglais et la société anglaise et accorde un peu de crédit à quelque nourriture. Par contre, là où, à mon sens, elle est plus anglaise que l’Angleterre elle-même, c’est dans sa distance face au drame, à l’injustice ou à l’horreur. Babel exsude le flegme britannique. On ne pleure pas les morts, on ne les voit pas même s’ils sont très proches. On enrage pas contre l’injustice, on en discute autour du tasse de thé ou on change de route. On ne fait pas montre d’émotions exacerbées même dans le martyr au risque de passer pour une anglaise hystérique
Citations
Un patronyme ne devrait pas être abandonné et remplacé sur un coup de tête, songea-t-il. Cela marquait la lignée ; cela marquait l’appartenance.
Les questions qu’on ne posait pas n’appelaient aucune réponse.
Tu as vraiment eu de la chance. Les seuls évènements, dans le Yorkshire, c’était un mariage de temps en temps. Les bons jours, les poules s’échappaient.
Ses robes de maîtres noires étaient couvertes de tant de poussière d’argent qu’il miroitait à chaque mouvement, et ses sourcils épais, foncés, extraordinairement expressifs, semblaient prêts à jaillir d’enthousiasme de son visage chaque fois qu’il prenait la parole.
Griffin avait l’habitude de ponctuer sèchement chaque phrase d’un geste de main ouverte, tél un chef d’orchestre ordonnant encore et encore la même note.
N’étant pas sans avoir leurs différences, ils ne cessaient de discuter, comme tous les jeunes gens intelligents dotés d’un ego nourri et de trop d’opinions.
En vérité, toutefois, robin comprit qu’il était très facile de supporter n’importe quel degré de troubles sociaux, à condition de prendre l’habitude de regarder ailleurs.
La réalité était après tout assez malléable : pour peu que l’on choisisse de ne pas y regarder de trop près, on pouvait oublier des faits, effacer des vérités, voir sa vie sous un angle bien précis, comme à travers un prisme déformant.
Robin avait toujours été prêt, en théorie, à abandonner certains avantages pour une révolution en laquelle il croyait à demi. La résistance le séduisait tant qu’elle ne lui faisait aucun mal. Et la contradiction était supportable tant qu’il n’y pensait pas trop ni ne la regardait de trop près. Lorsqu’on l’exprimait en des termes aussi sinistres, toutefois, il semblait indéniable que, loin d’être un révolutionnaire, il n’avait en fait pas la moindre conviction.
Elle trouverait l’excuse la plus mince, accepterait n’importe quelle logique convolutée de rechange avant de renoncer à ses illusions.
Parce que la hiérarchie académique respectait l’acier, tolérait la cruauté, mais n’acceptait jamais la faiblesse.
Mais tout ça s’accumule, n’est-ce pas ? ça ne disparaît pas. Et, un jour, on reprend le contact avec ce qu’on a réprimé. C’est une masse de pourriture noire, c’est infini, horrifiant, mais on est incapable de détourner les yeux.
