Résumé
Dans les années 90’s à Bayonne, 3 adolescents se forgent une passion commune pour l’écriture. Chacun, prometteur et ambitieux à sa manière, se voit en écrivain glorieux ou plutôt en génie de l’écriture. En grandissant, leurs chemins se suivent et se séparent, se recroisent et se coupent. Le succès, les défaites, les milles et une vie, les disputes et les rapprochements, qui vivra le mieux son écriture?
Je pensais trouver la nostalgie vivifiante d’une jeunesse prometteuse, j’ai été frappée par l’amertume de vies torturées pour la grandeur de l’art. Ce livre ne suit pas du tout la direction attendue et j’ai adoré.
Les années 90 à Bayonne : juste une ancre.
Moi aussi, j’y étais dans les années 90 à Bayonne, au Lycée, dans les soirées, sur la plage. Alors, j’imaginais voir des échos de mon propre parcours. C’est la genèse des protagonistes, ça doit être une part indélébile de leur ADN. Rapidement, un constat s’impose. Bien qu’au même lieu et sur une même génération, on n’a pas tous la même enfance. (Comment ça, ils débâtaient des grands auteurs classiques alors que je jouais aux tortues ninjas…). L’érudition littéraire transpire de toutes les pages de ce livre, sans être pontifiante, elle pose le cadre dans lequel ils évoluent. Le Pays Basque ne sert alors plus que d’idée de ralliement, une ancre géographique. Et tant mieux, parce qu’on comprend vite d’où on part et on veut découvrir ou on va.
L’amertume de l’autofocus : le point de vue de l’écriture
La lette est belle, concise et percutante. Chaque mot est une idée, on a pas de temps à perdre. Le récit est vif, parfois froidement vrai. Il prend une distance avec ses personnages tout en leur faisant vivre douze vies en une. Mais rien de ce qu’ils font n’est important: voyage, famille, conviction, réussite ou succès. Ils peuvent devenir des célébrités, changer le monde ou donner la vie, qu’importe. Ce qui compte c’est ce qu’ils veulent écrire, ce qu’ils ont écrit, ce qu’ils écriront après, ce qu’ils n’écriront jamais et ce qu’ils sont prêts à faire pour écrire. Leur mouvement de vie est inscrit dans un cercle vicieux artistique où rien est suffisant, tout est imparfait. Une vie de frustration.
On ira jusqu’au bout pour avoir la distance nécessaire
Ca a commencé comme une œuvre de littérature contemporaine, presque un témoignage d’une époque. Mais l’époque n’est pas si loin et nous n’aurions pas su. L’immédiateté est sujet aux émotions fortes, aux préjugés, aux interprétations du moment. L’auteur n’a pas voulu nous laisser dans le flou, il voulait qu’on appréhende avec plus de hauteur toute une vie sacrifiée à l’écriture. Quand on arrête? quand on recommence? et quel regard on porte sur son œuvre? que laisse-t-on? Alors il a continué, Merci.
Et vous, pensez-vous que l’art pour être puissant doit être douloureux ?
CITATIONS
Sur les quelques photos de cette époque, Paul affiche un air rugueux et un oeil noir.
Il détruit trois raquettes en trois ans, mais entraîneurs, parents et professeurs en conviennent : l’adolescent va mieux, le tennis siphonne sa rage.
Ses exigences sont élevées, elle prononce des jugements de vandale, mais reste obstinément modeste et se trouve médiocre en tout.
Avant d’être écrivain, cuisinier à Mexico, réceptionniste en Suisse, soldat dans les milices kurdes, icône révolutionnaire et pour finir cambrioleur, Simon Marcillac fut un enfant céleste.
Il apprend à boire et à conduire des voitures, la nuit, sur des routes désertes. Il a peur mais il sait qu’il n’arrivera rien, à son âge on est immortel.
On y distribue des notes violentes dans l’espoir que les élèves prévenus de leur médiocrité fourniront plus d’efforts qu’ailleurs.
Une formation de gauche pense à lui pour les européennes, mais il répond hautement qu’un écrivain ne parlemente pas.
Il lui plait d’être une autrice sans œuvre ni trace durable, dont l’insignifiance est une soustraction, l’évitement d’un commerce où elle n’a jamais voulu figurer et qu’elle regarde comme une lutte malpropre pour la reconnaissance et la domination.
Parfois, Simon dit qu’il faudrait un peu moins aimer la vie. Que ceux qui en attendent trop seront déçus.
Il est dans l’ordre de la beauté que tout système produise sa propre faille, toute oeuvre d’art son manque et toute perfection son désaveu.

